Je préfère être incomprise que vivre une vie qui ne me ressemble pas
Il existe une forme de pression assez discrète dont on parle finalement peu : celle qui consiste à rendre nos choix compréhensibles pour les autres. Et oui la fameuse peur du jugement des autres !
Nous savons généralement identifier les injonctions les plus évidentes, celles qui nous disent à quoi devrait ressembler une carrière réussie, une famille équilibrée, un business ambitieux ou une vie raisonnable. En revanche, il est beaucoup plus difficile de repérer toutes les petites adaptations que nous faisons simplement pour que nos décisions paraissent plus logiques, plus rassurantes ou plus acceptables aux yeux de notre entourage.
On explique davantage que nécessaire, on cherche les bons arguments, on minimise certains désirs et on retarde parfois une décision parce qu’elle risque de décevoir. À force, il arrive même que l’on modifie le choix lui-même pour qu’il ressemble davantage à ce que les autres auraient fait à notre place.
Pendant longtemps, j’ai moi-même beaucoup expliqué mes décisions, qu’elles concernent l’entrepreneuriat, l’expatriation ou ma manière de construire ma vie. Avec le recul, je crois que derrière cette volonté d’être comprise se cachait parfois quelque chose de plus profond : le besoin que l’autre finisse par reconnaître que mon choix était légitime.
Aujourd’hui, je pense presque l’inverse; une décision n’a pas besoin d’être comprise par tout le monde pour être cohérente avec notre vie, et construire une existence qui nous ressemble implique parfois d’accepter qu’une partie de notre entourage ne la comprenne jamais complètement.
Nous avons tendance à confondre différence et erreur
Lorsqu’une personne fait un choix très éloigné du nôtre, notre cerveau cherche naturellement à lui donner du sens à partir de ce que nous connaissons déjà.
C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles nous avons autant de mal à regarder certaines trajectoires sans les évaluer.
Quelqu’un quitte un emploi stable et nous imaginons immédiatement le risque financier, une famille choisit de vivre à l’étranger et nous pensons à la distance avec les proches, une personne travaille très peu alors qu’elle pourrait développer davantage son entreprise et nous nous demandons pourquoi elle manque d’ambition.
Dans chacune de ces situations, le raisonnement n’est pas forcément absurde. Il devient simplement problématique lorsque nous oublions que nous évaluons la décision de quelqu’un d’autre à partir de nos propres priorités.
Deux personnes peuvent regarder exactement la même situation et parvenir à des conclusions opposées sans que l’une d’elles soit nécessairement irrationnelle.
Si votre priorité principale est la sécurité, certaines décisions vous sembleront irresponsables. Si votre priorité est la liberté, ces mêmes décisions pourront au contraire vous sembler parfaitement cohérentes.
C’est ce qui rend le jugement extérieur si compliqué à utiliser comme boussole : les autres évaluent rarement uniquement notre décision, ils l’évaluent à travers leur propre définition d’une vie souhaitable.
Dans ma propre vie, cette différence apparaît régulièrement autour de l’expatriation ou de l’entrepreneuriat. Certaines personnes de mon entourage auraient probablement fait des choix très différents, et je peux comprendre pourquoi. Le problème commencerait si leur définition d’une vie rassurante devenait automatiquement la norme à laquelle je devais conformer la mienne.
Cette réflexion rejoint d’ailleurs ce que j’abordais déjà dans mon article sur les décisions qui ont changé ma vie : les choix qui structurent réellement une existence ne sont pas toujours ceux qui paraissent les plus évidents vus de l’extérieur.
Nous cherchons parfois la validation alors que nous pensons chercher un conseil
Demander l’avis de quelqu’un n’est évidemment pas un problème en soi, nous avons besoin d’autres regards pour prendre de bonnes décisions, en particulier lorsque les enjeux sont importants. Une personne extérieure peut voir un risque que nous avons sous-estimé, identifier une incohérence ou nous poser une question que nous n’avions jamais envisagée.
Mais il existe une différence importante entre chercher une perspective et chercher une validation.
La première nous aide à penser alors que la seconde nous aide surtout à nous rassurer, or, lorsque nous avons besoin qu’une autre personne valide notre décision avant de pouvoir l’assumer, nous lui donnons indirectement une partie du pouvoir de décision et c’est parfois très subtil.
Nous expliquons toutes les raisons qui nous conduisent à envisager un changement, puis nous attendons cette phrase qui nous soulagera : « Maintenant que tu m’expliques, je comprends. »
Si y elle arrive, nous nous sentons confortés, si elle n’y arrive pas, le doute recommence.
Ce mécanisme peut devenir particulièrement épuisant lorsqu’il concerne des décisions qui touchent à plusieurs dimensions de notre vie en même temps, comme un changement professionnel, une expatriation, une évolution familiale ou une transformation importante de notre business.
À force de consulter chaque personne concernée de près ou de loin, nous accumulons des avis qui ne reposent pas nécessairement sur les mêmes priorités, les mêmes informations ni les mêmes objectifs.
Nous croyons parfois chercher davantage de clarté alors que nous créons surtout davantage de bruit.
Tout le monde n’a pas besoin de participer à nos décisions
C’est une idée que j’ai eu beaucoup de mal à intégrer : aimer quelqu’un ne signifie pas nécessairement qu’il doit participer à toutes les décisions importantes de notre vie.
Cela peut sembler assez évident, pourtant nos habitudes familiales ou sociales nous poussent souvent dans l’autre direction.
Nous partageons un projet avant même d’avoir fini d’y réfléchir, nous racontons toutes les options envisagées, nous sollicitons plusieurs personnes « juste pour avoir leur avis », puis nous nous retrouvons avec cinq interprétations différentes d’un choix qui était déjà complexe au départ.
Avec le temps, j’ai commencé à protéger davantage certaines phases de réflexion. Désormais, lorsque mon mari et moi envisageons une décision importante qui concerne directement notre foyer, nous n’en parlons plus forcément pendant que nous sommes encore en train de l’élaborer. Cela ne signifie pas que nous cherchons à cacher notre vie, mais simplement que nous avons compris qu’une décision fragile n’a pas toujours besoin d’être exposée à une dizaine de projections extérieures avant même d’être suffisamment construite.
Cette distinction est importante : protéger une décision pendant qu’elle se construit n’est pas refuser le dialogue, c’est choisir le moment auquel ce dialogue devient utile.
Cela permet également d’éviter une autre confusion fréquente : considérer que toute personne affectée émotionnellement par notre choix devrait automatiquement participer à la décision elle-même, or, ce n’est pas toujours possible.
Une décision peut être bonne pour nous et provoquer de la tristesse chez quelqu’un que nous aimons. Ces deux réalités peuvent coexister. Le reconnaître demande beaucoup plus de nuance que de choisir entre « je fais ce que les autres veulent » et « je me fiche complètement de ce qu’ils ressentent ».
Accepter de décevoir fait parfois partie du prix d’une vie choisie
Nous aimons beaucoup parler de liberté, beaucoup moins de ce qu’elle coûte. Choisir réellement sa vie signifie parfois décevoir quelqu’un, non pas parce que nous cherchons volontairement à blesser, mais simplement parce que ce que nous voulons n’est pas toujours compatible avec ce que les autres auraient souhaité pour nous.
Dans mon cas, l’expatriation en est une illustration très concrète. Vivre loin correspond profondément à la vie que nous avons choisie avec mon mari et nos enfants, mais cela peut également être douloureux pour certains membres de notre famille.
Il serait beaucoup plus confortable de croire qu’une décision vraiment juste ne fait jamais souffrir personne. Dans la réalité, les choix les plus structurants créent souvent des tensions entre plusieurs besoins légitimes.
Le problème est que, si nous cherchons systématiquement la décision qui ne décevra absolument personne, nous risquons de finir par construire une vie organisée autour de l’évitement du conflit plutôt qu’autour de ce qui compte réellement pour nous. Nous pouvons évidemment tenir compte des autres, discuter, ajuster certaines modalités ou faire des compromis, mais un compromis n’est sain que lorsqu’il ne nous oblige pas progressivement à devenir quelqu’un que nous ne sommes pas.
La peur du rejet augmente dès que l’on devient plus visible
Il existe une autre forme de rejet, moins directement liée aux décisions privées, mais tout aussi intéressante : celle que l’on rencontre lorsque l’on choisit de devenir visible et cela est particulièrement vrai dans l’entrepreneuriat.
Tant que nous restons relativement discrets, que nous communiquons peu ou que nous nous limitons à des contenus très lisses, nous contrôlons encore une partie de ce que les autres peuvent percevoir de nous. Nous montrons notre expertise, notre travail, éventuellement quelques résultats, mais nous exposons peu ce qui relève réellement de notre personnalité, de nos convictions ou de nos hésitations.
La situation change complètement dès que l’on commence à prendre davantage la parole.
Se lancer sur YouTube en est un bon exemple. Une vidéo permet beaucoup moins de se cacher qu’un post parfaitement réécrit ou qu’un contenu très institutionnel, en effet, il y a une voix, une manière de s’exprimer, des réactions, un ton, une personnalité et parfois des passages beaucoup plus vulnérables.
Et avec cette visibilité vient inévitablement une nouvelle possibilité : être mal interprétée. Quelqu’un peut regarder dix minutes d’une vidéo et décider que vous êtes trop sûre de vous, trop ambitieuse, pas assez ambitieuse, prétentieuse, froide, bizarre ou complètement à côté de la plaque.
C’est inconfortable parce qu’il devient impossible de contrôler toutes les conclusions que les autres tireront de ce que nous montrons.
Pourtant, il existe une contradiction assez forte entre vouloir être réellement visible et vouloir simultanément être parfaitement comprise par tout le monde. Plus nous partageons ce que nous pensons réellement, plus nous créons également la possibilité que certaines personnes ne soient pas d’accord avec nous ou ne nous apprécient tout simplement pas.
La question n’est donc plus seulement de savoir si l’on a peur du jugement, mais plutôt de savoir quel prix nous sommes prêts à payer pour l’éviter.
Si éviter tout rejet signifie produire uniquement des contenus extrêmement neutres, ne jamais prendre position, ne montrer aucune vulnérabilité et attendre que chaque idée soit suffisamment consensuelle pour être publiée, cette protection finit aussi par limiter notre capacité à créer une relation réelle avec les personnes qui nous suivent.
Montrer sa vulnérabilité ne signifie pas tout montrer
Je pense qu’il existe également beaucoup de confusion autour du mot vulnérabilité.
Être vulnérable dans sa communication ne signifie pas transformer son business en journal intime, raconter tous les détails de sa vie ou exposer des choses que l’on préférerait garder privées. Il s’agit plutôt d’accepter que certaines dimensions de notre pensée soient visibles avant d’avoir été parfaitement polies.
Dire qu’une période a été difficile, reconnaître que l’on a changé d’avis, partager une réflexion encore en train d’évoluer, expliquer pourquoi certaines décisions de business ne sont plus compatibles avec la manière dont on veut vivre.
C’est précisément ce type de contenu que j’ai davantage envie de créer aujourd’hui, notamment alors que je prépare une nouvelle offre.
Parce qu’une offre ne naît pas uniquement d’un ensemble de fonctionnalités ou d’un positionnement marketing. Elle naît souvent d’une évolution plus profonde dans la manière dont nous regardons notre travail, nos clients, les problèmes que nous voulons aider à résoudre et la façon dont nous voulons nous-mêmes travailler.
Si je veux proposer quelque chose qui soit réellement cohérent avec ma vision actuelle du business, il me paraît logique de commencer également à montrer davantage le cheminement qui m’y conduit.
Cela implique forcément un peu plus d’exposition et donc un peu plus de risque d’être incomprise.
Mais je crois aussi que c’est précisément ce qui permet à une audience de comprendre non seulement ce que l’on propose, mais surtout pourquoi on le propose de cette manière.
La vulnérabilité peut devenir un élément stratégique du business
Il peut sembler étrange de parler de vulnérabilité et de stratégie dans la même phrase, pourtant, les deux ne sont pas opposées.
Lorsque l’on construit une offre, en particulier une offre qui repose sur une manière spécifique de penser ou d’accompagner, le contenu joue un rôle beaucoup plus important que celui de simplement attirer des prospects.
Il permet progressivement de rendre visible notre grille de lecture, il montre les questions que nous posons, les problèmes auxquels nous accordons de l’importance, les compromis que nous refusons et la manière dont nous envisageons le travail.
Dans ce contexte, partager davantage de réflexions personnelles n’est pas forcément une digression par rapport au business.
Cela peut au contraire devenir une manière de rendre le positionnement beaucoup plus concret.
Une personne qui découvre plusieurs de mes vidéos peut ainsi comprendre progressivement que je ne cherche pas à aider quelqu’un à optimiser chaque minute de sa journée pour produire davantage, mais plutôt à réfléchir à la manière dont son business s’intègre réellement dans la vie qu’il veut construire.
Cette nuance est centrale, elle explique pourquoi deux personnes qui parlent de stratégie peuvent finalement proposer des approches complètement différentes.
Et elle explique aussi pourquoi le travail que je construis aujourd’hui autour de Glow Reset et The Architecture repose beaucoup sur cette notion de partenaire de réflexion stratégique : il ne s’agit pas d’appliquer une recette universelle, mais de regarder l’ensemble du système pour prendre des décisions cohérentes avec la personne, son entreprise et sa vie.
Le business révèle très vite notre rapport au regard des autres
L’entrepreneuriat est probablement l’un des endroits où cette difficulté devient la plus visible, il suffit de passer quelques minutes sur les réseaux sociaux pour découvrir plusieurs versions contradictoires de ce qu’un entrepreneur devrait faire.
Il faudrait développer son personal branding, puis arrêter de dépendre des réseaux sociaux ; il faudrait scaler, puis simplifier ; il faudrait déléguer rapidement, mais aussi maîtriser tous les aspects de son entreprise ; il faudrait viser plus grand, tout en protégeant son équilibre.
Pris séparément, beaucoup de ces conseils peuvent être pertinents.
Le problème apparaît lorsque nous oublions de nous demander pertinents pour quoi ?
Une stratégie business n’a de sens qu’en fonction de l’objectif qu’elle sert.
Si votre objectif est de construire une entreprise revendable avec une équipe importante, vos décisions seront très différentes de celles d’une personne qui souhaite conserver une petite structure, travailler peu et protéger une grande liberté personnelle.
Aucune des deux orientations n’est intrinsèquement meilleure, elles correspondent simplement à des architectures de vie différentes.
C’est aussi pour cette raison que je parle de plus en plus du business comme d’un élément d’un système beaucoup plus large. Une entreprise ne fonctionne jamais dans le vide : elle consomme du temps, de l’attention, de l’argent et de l’énergie, et elle influence directement notre quotidien.
C’est ce que j’abordais déjà lorsque je parlais des habitudes permettant d’allier plaisir et efficacité dans sa vie d’entrepreneur, mais je crois aujourd’hui qu’il faut aller encore plus loin.
Une décision business peut être excellente sur le papier et mauvaise pour la vie que nous voulons mener.
Ajouter une nouvelle offre peut augmenter le chiffre d’affaires tout en complexifiant considérablement l’entreprise, accepter davantage de clients peut sembler rationnel financièrement tout en transformant complètement notre emploi du temps, et développer une nouvelle plateforme peut créer de la visibilité tout en ajoutant une couche permanente de production et de gestion.
La vraie question stratégique n’est donc pas simplement : « Est-ce que cette décision peut fonctionner ? »
Elle devient : « Si elle fonctionne, est-ce que j’ai réellement envie de vivre avec ses conséquences ? »
Une bonne décision n’est pas forcément une décision que tout le monde comprend
Nous associons souvent la qualité d’une décision au degré de consensus qu’elle génère.
Lorsque plusieurs personnes approuvent notre idée, elle paraît immédiatement plus solide. Lorsqu’elles expriment des réserves, nous commençons à nous demander si nous sommes en train de faire une erreur.
Mais le consensus mesure surtout la facilité avec laquelle une décision correspond aux références du groupe.
Il ne mesure pas nécessairement sa pertinence pour notre situation.
Certaines décisions très conventionnelles seront facilement comprises parce qu’elles suivent une trajectoire connue. À l’inverse, une décision inhabituelle demandera davantage d’explications simplement parce qu’elle sort du scénario que l’entourage avait imaginé.
Cela ne signifie pas que toutes les décisions atypiques sont bonnes, évidemment.
Il ne s’agit pas de transformer le fait d’être incompris en preuve que nous avons raison.
Nous pouvons parfaitement être incompris et nous tromper.
L’enjeu consiste plutôt à apprendre à évaluer une décision autrement que par la réaction qu’elle provoque.
Est-elle cohérente avec nos priorités ? Avons-nous considéré les conséquences les plus importantes ? Sommes-nous prêts à en assumer le coût ? Disposons-nous de suffisamment d’informations pour décider ? Cette direction nous rapproche-t-elle réellement de la vie que nous voulons construire ?
Ces critères sont beaucoup moins confortables que l’approbation immédiate des autres, mais ils sont aussi beaucoup plus utiles.
Le burn-out a changé mon rapport au prix des compromis
Il y a deux ans, mon burn-out m’a obligée à regarder différemment la manière dont je construisais ma vie.
Me relever a été difficile et cette période m’a amenée à une conclusion assez simple : les personnes qui nous entourent peuvent nous aimer, nous conseiller et parfois même très bien nous connaître, mais elles ne vivent pas dans notre corps, dans notre tête ni dans notre quotidien.
À la fin, nous sommes les seuls à ressentir réellement le coût de certaines décisions.
Cette prise de conscience ne m’a pas conduite à arrêter d’écouter les autres.
Elle m’a surtout aidée à arrêter de considérer leur confort face à mes choix comme un critère supérieur à mon propre équilibre car, vouloir être comprise peut parfois coûter très cher.
Nous faisons un choix légèrement différent de celui que nous voulions, puis un autre. Nous restons dans une situation quelques mois de plus, nous n’osons pas lancer un projet qui paraît étrange ou nous poursuivons un modèle professionnel qui nous épuise parce qu’il semble plus sérieux ou plus rationnel.
Chaque compromis paraît minuscule, c’est leur accumulation qui finit par créer une vie dans laquelle nous ne nous reconnaissons plus vraiment.
Créer sa propre norme demande plus de réflexion, pas moins
Dire que chacun peut créer sa propre norme ne signifie pas que toutes les décisions se valent ou qu’il suffirait de suivre chacune de ses envies.
Au contraire, cela demande souvent davantage de responsabilité.
Lorsque nous suivons un scénario très conventionnel, beaucoup de décisions ont déjà été prises implicitement pour nous. Il existe une trajectoire connue, des références, des étapes attendues.
Sortir de ce scénario oblige à définir davantage de choses soi-même.
Quelle place voulons-nous donner au travail ? Quel niveau de revenu recherchons-nous réellement ? Quelle importance accordons-nous à la stabilité, à la mobilité, à la famille ou au temps libre ? Quelles contraintes sommes-nous prêts à accepter et lesquelles ne le sont plus ?
La réponse n’est pas universelle.
Quelqu’un peut sincèrement aimer le salariat pendant qu’une autre personne s’épanouit dans l’entrepreneuriat. Une personne peut rechercher une vie extrêmement stable tandis qu’une autre trouve cette stabilité étouffante. Certaines familles se sentent parfaitement bien en restant toute leur vie dans la même région tandis que d’autres ont besoin de mobilité.
De la même manière, je peux choisir une forme de minimalisme et de frugalité sans considérer que tout le monde devrait faire pareil.
Créer sa propre norme consiste précisément à sortir de cette logique dans laquelle notre choix ne pourrait être légitime que s’il devenait également une recommandation pour les autres.
Je n’ai pas besoin que vous souhaitiez vivre comme moi pour considérer ma vie comme valide, et vous n’avez pas besoin de vouloir la même chose que moi pour construire une vie profondément cohérente.
Une vie alignée ne supprime pas le jugement, elle réduit son pouvoir
Je crois que c’est probablement l’une des choses les plus importantes que j’ai comprises avec les années : nous ne pouvons pas construire une vie qui empêchera les autres de nous juger.
Même en faisant tout « correctement », quelqu’un trouvera toujours quelque chose à interpréter.
La liberté ne vient donc pas du moment où plus personne ne nous juge, elle apparaît lorsque le jugement cesse progressivement de devenir un critère de décision.
Aujourd’hui encore, certaines remarques peuvent me toucher, notamment lorsqu’elles viennent de personnes auxquelles je tiens. Je ne suis pas devenue indifférente à tout.
Simplement, une réaction négative ne suffit plus à remettre automatiquement en question une décision réfléchie. C’est une différence immense.
Quelqu’un peut ne pas comprendre pourquoi nous vivons à l’étranger sans que nous soyons obligés de rentrer, quelqu’un peut considérer qu’un projet professionnel est trop risqué sans que nous soyons obligés de l’abandonner et quelqu’un peut imaginer une meilleure vie pour nous sans que cette vie devienne automatiquement celle que nous devons construire.
Je pense qu’au fond, c’est cela que signifie réellement vivre d’une manière alignée : non pas parvenir à une forme de certitude permanente, mais savoir suffisamment ce qui compte pour nous pour que chaque avis extérieur ne nous oblige plus à redéfinir notre direction.
Nous pouvons écouter, réfléchir, remettre certaines choses en question et parfois changer d’avis mais la décision finale doit encore nous appartenir parce qu’il existe une réalité assez simple derrière toutes ces réflexions : les autres peuvent avoir une opinion sur notre vie, mais ce ne sont pas eux qui devront la vivre.
Et entre être parfaitement comprise dans une vie qui ne me ressemble pas et être parfois incomprise dans une vie que j’ai réellement choisie, je sais désormais laquelle des deux options je préfère.

